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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 13:03

L'histoire de l'escalade dans la vallée de Chaudefour commence dans les années 30 où l'on parcourt régulièrement les arêtes de la Crête de Coq, du Gratton (1928) ou de la pointe Stofer (1929). La première du Moine, la plus remarquable de cette période avant-guerre, sera réalisée durant l'été 1937 après trois tentatives par la cordée André Belin, André Vimal, avec pour une tentative la participation d'Aspert. André Vimal en a fait un récit détaillé dans la revue du CAF. Le style qui n'est pas sans rappeler Frison Roche est empreint de poésie un peu désuette, mais aussi d'un humour délicieux. Ces documents étant difficiles à trouver (merci à Jean-Pierre Mariotti et Mme Vimal), j'ai retranscrit ci-dessous le texte in-extenso. Remerciements à François Vercesi pour les photos de 1946.

 

l'aiguille du Moine, face sud-est
l'aiguille du Moine, face sud-est

La voie historique part du pied de l'arête sud (à droite) pour traverser la face dans son tiers supérieur. La sortie se fait en face nord-est. Quelques vieux pitons sont en place. L'équipement est à compléter avec friends et stoppers.

L1 : V délicat relais sur une bonne vire.

L2 (courte) : III puis IV.

L3 (courte) : traversée de la face sud-ouest III.

L4 (courte) : en colimaçon autour de l'aiguille terminale (face nord-ouest puis nord-est), le dièdre final est V-.

A noter que l'escalade à l'aiguille du Moine est interdite en été et en automne par le décret de la réserve de Chaudefour. Elle est tolérée l'hiver et au début du printemps lorsque les couloirs sont encore en neige et que les oiseaux n'ont pas commencé leur nidification. Compter 1h30 à 2h00 pour atteindre le pied de la face depuis le buron de Chaudefour.

En flânant sur les à-pic du Puy Ferrand, ou en escaladant le roc du Graton, j’avais, comme tous mes camarades, remarqué cette magnifique flèche de pierre baptisée le Moine, par comparaison sans doute avec le gendarme du Capucin dans la Vallée du Sancy, inviolé lui aussi. Du haut, j’avais contemplé les rares terrasses de la face nord, couvertes de mousse, en hiver quelques vires se dessinaient en blanc sous la neige, mais pouvait-on savoir ca qua cachait cette magicienne, tant est violente la force du vent, qui, sur les crêtes du Mont-Dore, la pousse et la plaque contre les roches. L’idée d’escalader le Moine figurait parmi ces projets impossibles que l’on caresse en songe.

II fallut l’occasion d’une promenade de printemps, pour que se dessine dans notre esprit autre chose qu’un désir lointain. J’accompagnais ce jour-la une petite dame, et désirais lui faire connaitre les beautés de la Vallée de Chaudefour. La partie débute par un temps de galop, pour échapper aux assiduités habituelles de la gardienne du pont*, qui vous propose ses légendes et son ticket de un franc. La raideur de la première crête venue suffit à mettre une distance respectable entre elle et notre caravane.

De minuscules fleurettes aux corolles du bleu le plus vif et du rose le plus séduisant, croissent clans éboulis terreux que laisse la couche de neige en fondant. Ces gentilles compagnes du montagnard chantent à leur manière l’hymne de la vie, et nous nous associons à leur chœur. Nous faisons, en passant, une visite 5 à croix commémorative de l’accident de notre camarade Michel, et avons la surprise de rencontrer la caravane du C. A. F. Exclamations, présentations, shake-hand, bourrades, se succèdent en vitesse et nous nous dirigeons sur le Graton. L’heure tardive ne nous permettant pas de faire le tour de la Vallée par le Ferrand et la plaine aux moutons, nous décidons la, descente par le couloir de neige entre le Graton et le Maine, mais nos efforts réunis n’arrivent pas à convaincre la petite dame. Force nous est d’adopter la solution brutale et de l’encorder. Un de nous marche en tête pour dérober la pente de sa vue effarouchée, tandis que l’autre la conduit à bout de corde. Les enfants glissent avec vitesse le long de cette rampe et la descente s’effectue tant bien que mal, suivant la qualité des chaussures de chacun. Nous déposons nos voyageurs sur la première plaque do gazon venue, et remontons la pente de neige pour nous offrir, cette fois, une bonne glissade sans réticence. C’est alors que nous apparut la formidable architecture de notre aiguille. Le soubassement est fait d’énormes dalles, lisses à souhait, et sans défaut, allant se perdre dans les pennes terriblement inclinées du couloir. En levant la tête, on ne voit que les plaques d’une raideur extrême que le regard quitte pour rencontrer une fissure garnissant l’angle d'un dièdre surplombant. Rien à tenter de ce coté. Montant à la brèche, nous examinons l'arête la plus courte. Il faudrait, pour s’élever, emprunter les aspérités constituées par de grandes plaques en partie décollées et surplombantes, et dont la solidité est plus qua douteuse, si l’on en juge par l’éboulis qui est an pied. Allons voir vers l'aval, on perd beaucoup en hauteur, car la pente est raide, mais une voie de départ, est nettement dessinée, et doit bien mener quelque part. Notre galanterie nous oblige à interrompre nos investigations et nous retournons à nos voyageurs. Arrivés dans la prairie, nos regards s’arrêtent longuement sur le Moine. C'est d’ici, qu’il ressemble vraiment à une flèche de cathédrale, d'une envolée magnifique. Le soleil a quitté la vallée. Seuls, passent encore quelques rayons, frisant les crêtes, clans la clarté desquels se silhouette, sombre et fier, l'objet de nos désirs. En quittant la glaciale vallée, nous sentions qu'un lien mystérieux venait de se tisser, qui nous ramènerait invinciblement dans ces parages.

Notre attente ne fut pas de longue durée. Quand notre ami André Belin, du C.A.F. d’Alger, vint passer ses vacances en Auvergne, il fut tout de suite question d’aller planter des pitons dans quelque paroi propice.

C’est le Moine qui eut l’honneur de notre visite. Le torrent sur la rive gauche duquel il s’élève est rapidement remonté et, arrivés dans l’éboulis, nous chaussons les espadrilles. Belin s’enlève à bout de corde, d’abord dans un dièdre, ensuite dans une cheminée aux rocs branlants. La corde de 25 mètres lui permet de gagner une petite terrasse garnie d’un genévrier. Là il s’assure et à mon tour. Pour le second, tout est facile. J’ai derrière moi la corde de 80 mètres que mon fils déroule et au bout de laquelle il attache le sac. Une fois réunis, nous nous dirigeons horizontalement sur une vire garnie de genévriers, dans lesquels, il faut poser les pieds. La sensation est désagréable, et l’on s’établit sur la première terrasse, presque assez vaste pour recevoir une tente. Nous examinons l’aiguille vers la droite. La progression n’est pas possible, les dalles s’inclinant d'une façon vertigineuse vers le grand couloir. Sur la gauche, le leader réussit à s'élever sur des roches inclinées en s’aidant de quelques touffes de genévrier et atteint une grande plaque détachée surmontée d’un roc branlant. Il s’élève debout sur ce roc et se trouve devant une paroi verticale. A sa gauche, la roche fuit sans un défaut dans une chute verticale impressionnante. La seule issue est devant lui, un mur avec une prise peu sure pour le pied gauche. II plante un piton et j’entends avec satisfaction le claquement du mousqueton. S’élevant du pied gauche, il peut atteindre une pierre de la main et réussir à s’établir du pied droit sur le piton. Une nouvelle terrasse s’offre sa vue, mais il faudrait, pour l'atteindre, faire un rétablissement sur un bloc qui parait scellé seulement par du gazon. Belin hésite longuement et ne se décide pas. J’avoue que la vue du roc branlant ne m‘incite pas à l’encourager, et nous décidons la retraite. Un solide piton est planté sur la terrasse et un gentil petit rappel nous ramène aux éboulis.

Admirable organisation de la volonté humaine. Le Moine nous a repoussés, mais ne nous a pas vaincus ; si le jour n’était pas aussi avancé, nous renouvellerions l’attaque aussitôt.

Le dimanche suivant, nous avons le plaisir de trouver, dans la vallée, la tente d’Aspert. Il conduit une cordée dans la Crête de Coq et nous rejoindra par le haut du couloir. En remontant le torrent, nous supputons nos chances. Nous reconnaissons la première terrasse et le roc branlant. Au-dessus de celui-ci, la deuxième terrasse est bien visible et encore une troisième au-dessus. Si l’on peut atteindre cette dernière, la partie est gagnée, la flèche terminale sera gravie coûte qua coûte, par un lancer de corde, s’il le faut. Malheureusement, des nuées trainent sur le Ferrand et menacent de se résoudre en pluie. Aussi, nous empressons-nous de nous équiper. La première terrasse est atteinte, le bloc branlant franchi, Belin s'élève sur son piton er prend pied sur la deuxième terrasse. A ce moment, de joyeux jodels percent le brouillard en même temps que leur auteur. C’est Aspert qui nous rejoint. Comme nous grelottons sur notre perchoir, il nous appelle les vêtements chauds de la Charmante Mado, dont nous louons hautement la charité et le désintéressement. Aspert nous précède sur le roc branlant, et, c’est tiré par deux bras vigoureux, que je franchis ce passage plus impressionnant que difficile. La deuxième terrasse me met en confiance, mais hélas, ce sera notre terme pour aujourd’hui. Belin va essayer vers la droite, dans le dièdre. Si on parvenait à le remonter, on gagnerait la fissure transversale, et ce serait le succès. Tenu à bout de corde, pendu des mains à une corde, il s’avance sur la dalle. Mais ses pieds ne rencontrent aucune prise. Tout fuit vers le couloir, et la face opposée est trop éloignée pour se mettre en opposition. Aucune fissure ne permet de planter un piton. Une voix prudente lui conseille la retraite. A gauche, on peut s’élever sur quelques rocs inclinés et l’on arrive vers la face verticale. Le leader plante un piton et pose un pied sur une étroite vire. Elle semble courir sur la face et conduire vers les terrasses moussues de la face Nord, mais elle est si étroite et le départ si malaisé qu’il passe ses galons à Aspert. Celui-ci va renifler à son tour le passage, le déclare possible, mais ne s engage pas. D’ailleurs le brouillard nous glace. Je  juge pas poli de forcer le  passage après la retraite de mes deux compagnons, et m’élance joyeusement dans le rappel  qui m’est offert. A la brèche nos partageons la maigre collation de nos camarades et reprenons la descente familière du torrent.  Nous sommes confiants dans l’avenir, nous avons tourné un feuillet de plus au beau livre d’aventures, er savourons notre joie. Le Moine se défend longuement, notre patience saura le vaincre.

Vint enfin le dernier dimanche des vacances d’André Belin, il fallait se hâter. Nous nous rendîmes ce jour-là dans la vallée pressentant la victoire prochaine, anxieux cependant de la résistance qu’allaient nous offrir les derniers retranchements de l’aiguille. Arrivé devant la vire, mon camarade assuré sur le premier piton auquel il s’appuie de la main droite, en plante un deuxième de la main gauche pour prendre pied sur la corniche et m’invite à laisser filer la corde doucement. Je regarde avec plaisir les boucles qui se déroulent ; au bout d’une quinzaine do mètres, un cri de joie m’apprend que l’affaire marche bien, Belin revient à l’autre bout de la vire et m’ordonne de le rejoindre. Le passage est très étroit, mais sûr pour le pied, et une quantité de petites prises haut placées pour les mains suffisent à maintenir l’équilibre. On arrive aux terrasses nord recouvertes d’un épais tapis de mousse. Sous les végétaux, git un amoncellement de pierres les plus instables. De là, on s'élève sur un énorme bloc incliné et traversé horizontalement d’une fente au travers de laquelle le regard plonge vers le torrent. Je m'installe le pied clans la fente, genoux appuyés à la paroi, plante un solide piton d’assurance et Belin s'élève dans le dièdre. Le premier pas est malaisé, mais le pied gauche posé en opposition sur la face du dièdre, le leader plante un piton qui lui permet de résister à l’inclinaison de la roche. Il s’agit maintenant de s'élever en utilisant la fissure. Elle est très étroite et malaisée. Mon camarade se voit dans l’obligation de planter encore deux pitons qui lui font gagner 50 centimètres, et redescend prendre souffle. II aperçoit alors une alvéole dam laquelle il plante encore un piton, gagne quelques centimètres, et touche des doigts une pierre coincée dans la fissure. Un anneau de corde adroitement jeté sur la pierre permet d'opérer une traction verticale, d’engager un genou et la pointe du pied clans la fissure. Le bras gauche tendu à l’extrême, les doigts arrivent à saisir le rebord de la terrasse supérieure, et clans une suprême traction, c’est le rétablissement. je n’ai plus qu’à suivre ; sans tarder, nous gravissons les derniers mètres de muraille facile, qui mènent au bloc terminal et constatons avec joie qu'aucune boite n’orne le sommet. Notre ascension est bien la première. Ensuite, nous redescendons sur la terrasse. En dégustant nos provisions, nous laissons notre regard errer sur les horizons lointains de la vallée de l’Allier et des Monts du Forez, puis revenant sur les précipices qui nous entourent, nous savourons la joie d’en sonder tous les replis. Mais des bruits de voix nous arrivant tout proches, levant la tête nous apercevons un groupe de personnes au sommet du Ferrand. Nous leur lançons le jodel des montagnards pour les associer à notre joie, nos cris restent sans écho. Ce sont des touristes funambulants, l'un d’eux est même affublé d'un parapluie! Que se tente-t-il une descente en parachute ? Mais les heures s’écoulent trop rapides ; n’ayant pas l’héroïsme de laisser intact notre conquête, nous construisons un cairn. Le rite accompli, la descente s’effectue en deux rappels sur des pitons. Au retour, un immense contentement emplissait nos poitrines, et c’est avec des regards pleins de douceur et de bonté que nous nous attardions à contempler dans les rayons dorés du couchant, l’aiguille du Moine, regrettant seulement, en ce jour de victoire, l’absence de notre camarade.

Mais Aspert ne devait pas tarder à prendre sa revanche. Dans le souci d‘assurer notre retraite, nous avions laissé les pitons de la vire et du dièdre. Pour laisser à la course toute sa valeur, il s'agissait de les enlever et d’effectuer une descente directe depuis le sommet. C'est ce que nous fîmes quelques jours après, Aspect et moi. J'eus cette fois, la joie de conduire la cordée, de m'aventurer premier sur le roc branlant, sur le rebord de la vire, dans le terrible surplomb du dièdre. Comme l’arrachage des pitons demande d’assez longs efforts, le crépuscule et les premières; étoiles nous surprirent au sommet, préparant la longue corde de 80 mètres. Nous avions juste assez de clarté pour en trouver le milieu, er c’est sous une voûte d'étoiles, que mon camarade s’élança clans l’abime. Au rythme régulier des ondes de la corde, je sentais que la descente s'effectuait bien, quand tout à coup, j’entends dans la nuit, s'élever des appels. Les brins libres de la corde se sont engagés dans les plaques détachées qui surmontent la brèche. Aspert tire, mais rien ne vient. La situation est angoissante. Je n’ai pas d’autre corde dans mon sac. Enfin, les fils se débrouillent, et la descente se termine. A mon tour, lassé d’avoir tant attendu, penché sur le noir, je m’élance, er d’une seule glissade, arrive au fond, au grand dam de mon pantalon et de son contenu. Descente à la bougie dans le torrent, recherche de la tente, chutes dans les framboisiers, telle fût la conclusion de cette belle fin de journée, ou plutôt début de nuit.

A. Vimal

 

* Vers les années 40, une mademoiselle Fournel, médecin retraité fit l’acquisition de pratiquement toute la vallée. Pendant les étés, accompagnée de sa sœur, vêtues d’habits noirs et armées de solides bâtons, elles réclamaient un droit de péage à toute personne désireuse de franchir « leur » pont !

François Vercesi (en haut) et René Méric (en bas)
François Vercesi (en haut) et René Méric (en bas)

La cordée François Vercesi et René Méric au Moine en 1946.

Ete 1937, une première dans Chaudefour, le Moine

Collection François Vercesi.

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Ouverture de Ma Bohême 7a+ (juin 2016 - G.M.)

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La poussière la sueur et la poudre : nettoyage et réequipement partiel (mai 2015, juillet 2015 - M.C. - G.M.)

L'heure au moine : nettoyage et rééquipement partiel (juin 2015 - G.M.)

El Cap (L1) : nettoyage (juin 2015 - GM)

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Gag Man : Réequipement partiel (juillet 2015 - G.M.). Nombreux sont ceux qui se sont fait de belles ou moin belles frayeurs sur la voie la plus facile de l'Aiguillette. Un 5b, bien tassé et reconnaissons le, engagé. Pour fêter le 14 juillet Gérard, l'a partiellement rééquipée (un point déplacé et un point en plus).

Essai de traitement thermique des mousses et lichens sur les départs de Caprice des Vieux, C'est quand qu'on va où ?, Merci Hans (juin 2015 - GM)

Dent de la Rancune :

Face nord, Rêve de Singe : rééquipememnt partiel de la dernière longueur (Octobre 2016, G.M., M.C.)

Face nord, Manpower : l'ami Jean-Pierre Mariotti a rééquipé sur scellements la deuxième longueur (juillet 2015). Avis aux amateurs (7c !).

Roche Tuilière :

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Rééquipement de la Droite de gauche à l'identique (ce qui est bien) avec un point supplémentaire au départ.

 

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