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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 14:44
Le bassin de réception des eaux à la sortie de la galerie de Croizat (2,2 m x 1,7 m x 1,5 m)

Le bassin de réception des eaux à la sortie de la galerie de Croizat (2,2 m x 1,7 m x 1,5 m)

Le trajet de la Dordogne, entre le Mont-Dore et la Bourboule suit le rebord nord de la caldera dite de la Haute-Dordogne. Il s’agit d’une dépression de 5 km de diamètre et de 250 m de profondeur, peu visible car remplie par les produits de l’activité volcanique postérieure. Son effondrement est la conséquence de l’émission brutale de volumineux écoulements pyroclastiques ignimbritiques de nature rhyolitique. Désignés sous le nom de Grande Nappe de ponces, ils ont recouvert une superficie d’au moins 100 km2. L'âge de cet épisode majeur est de 3,1 millions d'années.

Le réseau de failles constitutives de l’effondrement a favorisé l'ascension de nombreuses sources géothermales. Ainsi, entre le Mont-Dore et la Bourboule, la vallée de la Dordogne est jalonnée de multiples émergences dont les plus importantes sont Monneron, Croizat, Félix et Choussy.

L'exutoire de la source Croizat est localisé en rive gauche de la rivière, sensiblement en face d’une ancienne fontaine pétrifiante (source de la Compinade ou Compissade) et à une centaine de mètres en aval d’une ancienne usine électrique dont les ruines se trouvent à hauteur du pont sur la rivière.

La source a été découverte lors des travaux de construction de la ligne de chemin de fer reliant Laqueuille au Mont-Dore. Elle dispose d’un Arrêté d’Autorisation Ministérielle d’exploitation datant du 28 avril 1912 et d’une Déclaration d’Intérêt Publique du 12 février 1935 qui établit un périmètre de protection d’une superficie de 7,2 ha.

Elle a été rachetée à son inventeur, M. Croizat, par la Compagnie des Eaux minérales de la Bourboule qui cherchait à accroitre ses ressources. L’eau de Croizat, très fortement minéralisée, chaude (4O° C) et surtout très abondante (débit de plus de 100 litres à la minute) pouvait constituer un complément important pour alimenter les baignoires, piscines et douches de la station. La compagnie, fit réaliser, probablement vers 1987, un forage de 33 m de profondeur, et une galerie de 170 m de longueur. Partant horizontalement du lit de la Dordogne, la galerie recoupait le forage à 108 m et se prolongeait au-delà vers le sud sur 62 m. Ce prolongement, qui n’eut pas le résultat escompté, avait pour objet de recouper la faille de la vallée de la Dordogne par laquelle les eaux sont supposées remonter. Afin de faire communiquer la galerie avec le jour, le forage a été ensuite alésé jusqu’à 26 m de profondeur et transformé en puits.

Initialement artésienne, la source était exploitée par pompage. Une pompe servait à relever l’eau du puits, d’où elle était acheminée jusqu'a l’établissement thermal par une canalisation en fonte de 3 kilomètres de long. De grands réservoirs pouvaient permettre de la stocker. La galerie servait à évacuer le trop-plein qui se jetait dans la Dordogne.

En 1936, des analyses révélèrent la présence de germes obligeant la Bourboule à arrêter l’exploitation. Parmi les causes possibles avancées à l’époque, les rejets de la station d’épuration du Mont-Dore (réalisée en 1934) à 650 m en amont furent évoqués. Afin de remédier à ces pollutions, dans un premier temps, l’extension sud de la galerie, source potentielle de pollution, fut rebouchée, sans succès.

En 1937, dans le but de capter l’eau au griffon, un premier forage est réalisé dans l’axe du puits jusqu’à 75 m de profondeur. Les températures en profondeur sont de 45 °C, mais les eaux sont toujours polluées et le forage est rebouché.

Entre le 23 août 1938 et le 17 mai 1939, un deuxième forage est exécuté à partir du fond du puits (décalé de 80 cm du premier). Prévu initialement à 200 m de profondeur, il sera arrêté, du fait de la guerre, à 170 m, sans avoir atteint le griffon.

L'autorisation d’exploiter fut retirée en 1957. De nouveaux forages sur la zone furent réalisés dans les années 1968-1969, mais se soldèrent par des échecs (éboulements, rupture du trépan).

Les eaux de Croizat sont les plus minéralisées de la commune du Mont-Dore. De part leur composition physico-chimique (chlorobicarbonatée sodique riche en arsenic) et isotopique, elles se distinguent de celles de l’établissement thermal du Mont-Dore et correspondent à celles des sources de la Bourboule. Avec sa voisine Félix, il s’agit d’eaux relativement peu modifiées et leur température d’équilibre avec le réservoir géologique profond a été estimée de l’ordre de 140 °C.

La source pétrifiante de la Compinade ou Compissade et l'usine électrique

La source pétrifiante de la Compinade ou Compissade et l'usine électrique

L'exutoire de la galerie en bordure de la Dordogne

L'exutoire de la galerie en bordure de la Dordogne

Le bâtiment qui abritait le puits et le forage. Il est situé entre la voie ferrée et la D130, immédiatement en contrebas de la route.

Le bâtiment qui abritait le puits et le forage. Il est situé entre la voie ferrée et la D130, immédiatement en contrebas de la route.

Quelques cinq cent mètres en aval, se trouve la source Félix (pour Félix Chabory). L’émergence apparaît dans un bassin situé au milieu d’un pavillon à l’architecture néo-classique, datant de la fin du XIXe siècle.

Les eaux thermales suintaient naturellement du rocher. Le site fut acheté par L. Chabory, directeur des thermes du Mont-Dore. En 1895, il décida de réaliser un forage de 6 mètres de profondeur qui permit de recueillir l'eau directement au sortir du rocher. La source a été autorisée à l’exploitation par un arrêté ministériel du 25 mai 1897. Avec un débit de 14 litres à la minute et une température de 30° C, elle était intéressante et l’exploitant choisit de l'ouvrir aux curistes. Le pavillon fut construit, abritant quelques baignoires. Mais le petit établissement ne rencontra jamais le succès espéré, essentiellement du fait de son isolement au fond de la gorge de la Dordogne, entre les deux grands centres du Mont-Dore et de la Bourboule. Une inspection administrative de 1928 révèle qu’à cette date le site ne recevait qu’une cinquantaine de malades par saison. Il fut abandonné peu après. On peut encore boire l’eau au tuyau d’évacuation situé sous le pavillon. Bien que moins chargée en minéraux que Croizat, l'eau de la fontaine Félix est très salée. Il semble que la source ait été embouteillée à une certaine époque, pour permettre des cures à domicile.

Aujourd’hui, comme de très nombreuses sources minérales auvergnates, les sources Félix et Croizat sont à l’abandon. L’établissement Félix, propriété du Conseil Général est dans un état de ruines avancées, mais la source Croizat (dont l’exutoire de la galerie a été sommairement réaménagé par le même Conseil Général) connaît une grande affluence. En toutes saisons la baignade dans ses eaux chaudes et salées est très fréquentée.

Last but not least, il semblerait que de sinistres et nombreux connards, qui ne cherchent pas forcément à soigner "leurs souffles affaiblis", confondent ces ruines avec des bauges à cochons. Honnis soient ces porcs incultes qui dégradent, souillent, jonchent ces lieux de canettes, mégots, reliefs divers et variés…

L'exutoire de la galerie de Croizat en juin 2015

L'exutoire de la galerie de Croizat en juin 2015

Le puits et le forage de Croizat en juin 2015

Le puits et le forage de Croizat en juin 2015

"L'établissement thermal" de Croizat en juin 2015 (à comparer avec la carte postale au-dessus). Photo de droite, le dôme qui couvre le puits de captage.
"L'établissement thermal" de Croizat en juin 2015 (à comparer avec la carte postale au-dessus). Photo de droite, le dôme qui couvre le puits de captage.

"L'établissement thermal" de Croizat en juin 2015 (à comparer avec la carte postale au-dessus). Photo de droite, le dôme qui couvre le puits de captage.

L'établissement thermal Félix en juin 2015

L'établissement thermal Félix en juin 2015

Référence Bibliographiques :

BRGM (1980) - Prospection géothermique intégrée dans le massif du Mont-Dore. 80‑SGN-150-GTH.

BRGM (2003) – Amélioration de la connaissance des ressources en eau souterrain des sites thermaux en Auvergne. BRGM/RP-51941-FR.

Gourgaud A. (1995) – Les volcans d’Auvergne. Les Monts Dore in Volcanisme et volcans d’Auvergne. La dépêche Scientifique du Parc. Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne.

Surmely F. (2004) – Les sources minérales oubliées du Massif Central. Ed de la Montmarie

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La vie des voies du massif du Sancy

Chambon :

A l'initiative de la FFME CD 63 ré-équipement des relais avec des chaînes munies d'anneaux métalliques (septembre 2018)

Ouverture de Ma Bohême 7a+ (juin 2016 - G.M.)

Ouverture du secteur Déva : Jai 5 c, Guru 5c, Deva 6a, Om 6b (avril 2016 - G.M.)

Erratum page 62/63 du topo "Escalades dans le Massif du Sancy". La Pierre de William, ceux qui ont essayé se sont rendu compte qu'il fallait lire 6c au lieu de 6a.

Capucin :

Face nord, deux nouvelles courtes voies ont vu le jour cet automne 2018, concoctées par Olivier Monneron. Anahata (7c) à gauche de Rubis sur l'Angle dont elle partage le premier point. Be bop a Louna, à gauche de 1984, avec un pas de bloc infernal au départ (8a ?).

Face nord, Nut-cracker - Face ouest, Toto l'haricot, rééquipements complets sur scellements (avril 2018 - G.M.) 

Face est, ouverture du Père éternel (le Graal), 8 a/b ? à confirmer (août 2017- Olivier Monneron, Zsolt Ostian et G.M.)

El Cap, Fingers in the Nose, The naze, rééquipement complet sur scellements (août 2017 - G.M.)

La poussière la sueur et la poudre : nettoyage et rééquipement partiel (mai 2015, juillet 2015 - M.C. - G.M.)

L'heure au moine : nettoyage et rééquipement partiel (juin 2015 - G.M.)

El Cap (L1) : nettoyage (juin 2015 - GM)

El Cap (L2) : Rééquipement de la sortie historique de la voie, plus directe, plus logique et légèrement plus facile que la sortie de droite rééquipée par François Lesca en 2004 (juillet 2015 - G.M.)

Gag Man : Rééquipement partiel (juillet 2015 - G.M.). Nombreux sont ceux qui se sont fait de belles ou moin belles frayeurs sur la voie la plus facile de l'Aiguillette. Un 5b, bien tassé et reconnaissons le, engagé. Pour fêter le 14 juillet Gérard, l'a partiellement rééquipée (un point déplacé et un point en plus).

Essai de traitement thermique des mousses et lichens sur les départs de Caprice des Vieux, C'est quand qu'on va où ?, Merci Hans (juin 2015 - GM)

Dent de la Rancune :

Face nord, Olivier Monneron a mis à profit le "caniculaire" mois de février 2019 pour ouvrir Denibards. La voie qui attaque par Mon dernier mur sera pour toi, se tient à gauche de Rêve de Singe. Cela semble bien dur... (7c ?).

Sur l'arête entre la face est et la face nord Zsolt a équipé une ligne de 40 m, Armand d'automne, non encore réalisée (8b ?).

Face est, automne 2017, Zsolt Osztian et Olivier Monneron ont tracé une nouvelle ligne de 40 m au centre de la face est qui rejoint directement le deuxième relais de la voie classique Russier : Free Hand pour une cotation estimée à 7b. Il en ont profité pour revoir l'équipement de la Russier.

Face nord, Rêve de Singe : rééquipement complet sur scellements (Octobre 2016, mai et juin 2017, G.M., M.C.)

Face nord, Manpower : l'ami Jean-Pierre Mariotti a rééquipé sur scellements la deuxième longueur (juillet 2015). Avis aux amateurs (7c !).

Roche Tuilière :

Rééquipement en cours (CDFFME63). Au 16/07/15 : après une purge conséquente (euphémisme) des secteurs Initiation et Diagonale, rééquipemment partiel des voies Gros codile, Lézard triste, Wally Gator, Normale, T. Rex, Ludothèque, Décrisptation et Diagodalle, avec le plus souvent un point supplémentaire au départ.

Rééquipement de la Droite de gauche à l'identique (ce qui est bien) avec un point supplémentaire au départ.

 

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