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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 16:58

Bon je vous l'accorde le jeu de mot du titre est un tantinet facile, mais bon... Pour terminer l'été en beauté l'insatiable Gégé a entièrement rééquipé en scellements :

  • El Cap
  • Fingers in the Nose
  • The naze

Last but not least, avec le fils prodige et Zsolt Ostian, une nouvelle voie à vue le jour en face est, sous le secteur "La poussière, la sueur et la poudre". Juste avant le secteur "la Passion Béatrice" se trouve un court "fer à repasser" qui semblait pour le moins improbable (mot inexistant dans le dictionnaire monneronique). Résultat, le Père Eternel (le Graal) est né. Pour la cotation ? 8 quelque chose à confirmer !

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 16:08

Samedi 17/06/2017, avec Gérard nous remontons pour la quatrième fois le chemin en direction de la face nord de la Dent avec pour objectif d'en finir avec le rééquipement de Rêve de Singe. Au fil des visites la voie nous apparait vraiment comme l'une des lignes majeures d'Auvergne. En 1987 François Pallandre écrivait dans son topo du massif du Sancy "4 longueurs assez exceptionnelles compte-tenu du dévers de 30 m sur 80 m de hauteur". Seules des deux premières longueurs et le début de la troisième sont déversantes, le reste flirte avec la verticale. Du fait du dévers et des traversées, le développé de la voie avoisine plus les 100 m que les 80. Coté cotations :

  • un furieux pas de bloc au départ dont la cotation 6c laisse pensif ;
  • une deuxième longueur athlétique et continue (7a) sur des feuillets et écailles "plus sonnants que trébuchants" (çà c'est du Denis dans le texte) ;
  • la troisième longueur se termine par une traversée en dalle toute en finesse qui mérite probablement plus 6b que 6a ;
  • la traversée au départ de la quatrième semble plus corsée que le 6a annoncé.

Pour nous 47 scellements (relais compris) dont 15 dans la dernière longueur et quelques heures de brossage (bon ok tout n'est pas parfaitement nickel, ambiance face nord oblige, mais quand même...).

Et puis si malgré l'équipement béton de cette nouvelle mouture vous avez la pensarde qui part en vrille remémorez-vous ces mots de François concernant la deuxième longueur "Il est conseillé de pré-mousquetonner pour progresser rapidement. Et, si l'on est motivé, sauter 3 ou 4 spits". Avec l'équipement de l'époque cela relève sans aucun doute de la perversion...

A vous de jouer, de juger...

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 17:09
Falaise du Chambon, voie nouvelle

Une petite nouvelle au Chambon (la dernière ?). Ouverte par Gérard Monneron durant les courtes accalmies de la mousson de juin 2016. Ce n'est pas forcément très abordable et cela a encore été très (très) peu répété, la cotation reste donc à confirmer.

Entre les secteurs Tom Tibili et X ou Y, la voie exploite un petit pilier évident, déversant sur la fin. Deux pas de bloc au début ouvrent sur une fin bien continue...

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 09:47
Falaise du Chambon, voies nouvelles

Avril 2016. Entre les secteurs Tateule et Claudinette et Tom Tibili, la falaise du Chambon a vu l'éclosion d'un nouveau petit secteur : Déva.

Quatre voies fort abordables ont été tracées et équipées par Gérard Monneron :

1 - Jai, 5c

2 - Guru, 5c

3 - Déva, 6a

4 - Om, 6b

Les cotations restent à confirmer, mais globalement plus on va vers la droite plus c'est difficile. Si vous ne deviez en faire qu'une, Déva est la plus belle.

 

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 07:45
El cap retrouve sa sortie!

Lors du rééquipement d'El cap en 2004 (voie n° 7 du croquis) au Capucin (le Mont-Dore), François Lesca avait choisi de privilégier une variante de sortie à droite de la voie originelle. Gérard Monneron vient de rééquiper la sortie de la première, plus directe et légèrement plus facile que celle de droite.

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 12:45
Décembre 37, la goulotte Vimal au Dôme de Chaudefour

Le Dôme de Chaudefour (1612 m) forme, au fond de la vallée éponyme, une falaise haute de 120 m à 150 m qui arme le pied de l'arête nord-est du Puy Ferrand (1854 m). Sa face sud est parcourue d'une étroite goulotte rectiligne dont la première ascension a été réalisée en décembre 1937 par Vimal et Aspert (après une première reconnaissance par Vimal et Viallard au mois de novembre précédent). L'ascension a été réalisée sans crampons, ni piolets, ni aucun moyen d'assurance, les deux grimpeurs évoluant en solo. Quant au récit des premières répétition, il laisse... rêveur... pour le moins. André Vimal estime alors qu’il s’agit d’une excellente et facile école d’escalade fermée pour les jeunes et, pour les aînés, d’un amusement sans danger qui les rajeunira. Dans le premier topo des escalades en Basse Auvergne réalisé par la section d’Auvergne du Club Alpin Français, la voie alors désignée "Cheminée du Dôme"  est cotée PD. 

La goulotte Vimal constitue un itinéraire majeur du mixte auvergnat qui en associe toutes ses composantes (la neige, la glace, la terre et l’herbe gelées, le rocher). L’itinéraire est aujourd’hui coté D+ à TD suivant les conditions et comporte 3 longueurs. Le passage clé se trouve à hauteur du bloc coincé de la deuxième longueur où l’emploi de coinceurs mécaniques et pitons permet de s’engager plus sereinement dans un passage à la fois technique, physique et impressionnant. D’après le récit de Vimal, il semble qu’en 1937 le passage pouvait s’envisager par le trou en dessous. Quelques 75 ans plus tard et éboulements probables cette solution est, au moins pour l’instant, inenvisageable...

 

Extrait du topo du CAF édité en 1963

Extrait du topo du CAF édité en 1963

Pour les amateurs d’histoire, je vous retranscris in-extenso le récit de la première qu’avait fait André Vimal dans les annales du C.A.F. en 1939.  

« C’est en faisant la première escalade au moine que nous eûmes la vision de cette voie d’ascension au Dôme, qui forme le pilier de l’arête nord-est du Ferrand, non loin du lieu où s’élève la croix commémorative de notre camarade Michel. Ce couloir, qui se dirige du sud au nord, nous apparut alors reliant le pied de la masse volcanique au charmant pâturage qui en constitue le sommet et nous pensâmes que c’était là une voie directe pour aller du fond de Chaudefour au plateau du Sancy.

Le hasard d’une course ratée au Moine me fit visiter un jour neigeux de novembre, le départ du couloir, constitué d’une grotte étroite et inclinée profonde d’une dizaine  de mètres. Quand nous eûmes, Viallard et moi, réchauffé nos membres engourdis et fumé une réconfortante cigarette, nous nous mîmes à explorer notre abris. Au fond part une vire se dirigeant au-dessus de la sortie. Nous la suivons et quand elle ne peut plus nous soutenir, continuons en ramonant à longueur de membres vers un orifice qui apparaît dans le haut. La lucarne est étroite mais la tête passe, il y a de l’espoir. Un recul pour engager d’abord un bras, puis la tête et l’autre bras viennent ensuite, suivis bientôt du thorax et de la partie postérieure. On arrive alors au couloir proprement dit, constitué de fine poussière rougeâtre et enfermé entre des murailles verticales. Je n’aperçois pas l’issue, cachée par quelque ressaut, mais aiguisé par la curiosité, j’invite mon partenaire à me suivre. Seule sa tête m’apparaît hors de la trappe. Peu désireux de se voir infliger le supplice que je lui fis subir naguère sous la porte d’entrée de la grotte de Dargilan, il déclare qu’il n’avancera pas d’un pouce et… allume sa pipe. Etrange spectacle que cette tête fumante, émergeant seule de la trappe. Il faut donc continuer seul ; mais peu m’importe ; l’exigüité du boyau permet de prendre appui solide les bras écartés sur les parois et, continuant mon ascension j’arrive au premier ressaut rocheux. Quelques prises devant moi ; un jeu d’oppositions des pieds et le voilà franchi. Vient ensuite une deuxième section de couloir terreux et la voie est barrée par un ressaut plus important. Mais elle se continue souterrainement et arrivé au terme, levant la tête, j’aperçois le jour à travers une série de blocs coincés. Nouveau ramonage, tractions sur des pierres basculantes, étirements et contorsions m’amènent au seuil où débute la troisième partie du couloir. Viallard m’as lâché la corde dont il avait laissé dérouler les boucles et je continue cet amusant jeu de découverte. Le couloir se redresse fortement et j’ai peine à m’agripper à la terre gelée. J’arrive enfin au début du troisième ressaut. Comme le précédent, il est entaillé d’une étroite cheminée dont je commence le ramonage. Mais le froid de la pierre et la crainte d’envoyer un pavé coiffer mon patient équipier m’incite à la retraite que j’effectue sans encombre, m’assurant par endroit de la double corde.

A quelque temps de là, voulant aller faire une série de photos du Moine, l’idée nous vint, à Aspert et à moi, d’aller coucher dans la grotte du Dôme. Lourdement chargé de notre matériel habituel de chambre et de pieds photographiques, nous hésitâmes cependant pas à ajouter deux bottes de paille à nos impédimenta.

Je laisse à penser l’étrangeté de notre caravane remontant, par cette soirée de décembre, les éboulis herbeux qui forment la base du Dôme. Déposés nos fardeaux, et jugeant que la veillée sera un peu longue dans cet antre, nous voulons profiter du restant de clarté pour aller explorer le couloir. Un fois franchis les trois premiers passages, nous arrivons au terme de ma reconnaissance. Une courte-échelle, un ramonage et quelques ahanements viennent à bout du ressaut et nous atteignons la brèche terminale qui est très resserrée. La traversant dans un charmant petit courant d’air frigorifique, nous allons admirer les abimes de la face est du Dôme. Quel endroit romantique ! Mais il s’agit de gagner le sommet. La fissure haute d’une dizaine de mètres serait commode à ramoner, si elle n’était enduite de glace. Revenant en arrière, nous nous élevons vers la droite, au-dessus du vide et, le second tenant le pied u premier, franchissons le ressaut sur de minuscules prises de tuf volcanique.

Une petite traversée à gauche nous ramène dans la fissure et quelques blocs coincés nous permettent d’atteindre le sommet du rocher formant la rive gauche du couloir.

Le Dôme est là, séparé de nous par l’étroite fissure et surplombe de quelques mètres seulement, mais le passage est gelé. Perplexité. Il fait nuit, nous n’avons pas de corde pour assurer la descente, il faut en finir. Le premier se penchant sur le vide, arcboute ses mains à la paroi et son dos sert de pont au deuxième qui s’attribue ainsi le bénéfice de cette facile première. Nous revenons à la grotte par le couloir Michel et la base du Dôme.

Après quelques essais de couchage, l’exigüité de notre plate-forme pierreuse ne nous permet pas d’éviter les gouttes de suintement, nous abandonnons la place, chargés de nos fidèles bagages, moins les bottes de paille naturellement.

Je ne raconterai pas cette retraite qui ne fut pas la partie la moins périlleuse de l’aventure, les bougies soufflées dès le seuil, les gazons gelés, la glissage sur des dalles humides, la reptation dans le fond du ravin, les accolades brutales avec les arbres de la forêt. Il faisait si noir que seul le ruisselet nous servit de sentier jusqu’à la Couze. C’et trempés que nous arrivâmes à la voiture  où nous nous étendîmes, le pantalon mouillé jusqu’à la ceinture mais le cœur contant.

Cette course fut répétée le printemps suivant avec Pradier, sa femme et Mado. Un éperon de glace qui occupe la majeure partie de la grotte se trouva là à point pour nous permettre de varier le plaisir par la taille de gradins.

En été, je revins avec Antoine et Denise Fourt, Madeline Dupont et leurs enfants, visiter le couloir rempli d’une luxuriante végétation de plantes montagnardes qui constituaient autant de prises supplémentaires pour les mains délicates. La sortie se fit par la fissure, que mes aimables compagnes, vêtues de bas de soie et de chemisettes légères, ramonèrent aussi consciencieusement que si elles fussent habillées de rude Bonneval.

La lenteur de la caravane nous fit manquer de jour-là le Sancy, mais nous eûmes la chance, au sommet du Ferrand d’admirer le spectre de Brocken. Mes amis virent avec étonnement leurs ombres fumantes démesurées projetées sur un écran de vapeurs flottant dans la vallée fumante et auréolées d’un glorieux halo, ce qui les consola des avanies et hurlement que je leur infligeai dans le couloir.

Au moment de terminer, il me vient des scrupules : tel un amant discret, je devrais jalousement garder le secret de ma découverte et pourtant je ne puis résister au désir de recommander cette ascension à mes collègues du C.A.F. ; c’est une excellente et facile école d’escalade fermée pour les jeunes ; pour les aînés, un amusement sans danger qui les rajeunira.

Quelqu’un a dit que les montagnes sont des cathédrales et qu’on n’y doit pénétrer qu’avec recueillement. Puisse ce sanctuaire de silence qu’est la sombre et triste vallée de Chaudefour ne recevoir que la visite des purs et être longtemps encore préservée de l’envahissement des foules turbulentes.

André Vimal.

22 janvier 1939. »

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 13:03

L'histoire de l'escalade dans la vallée de Chaudefour commence dans les années 30 où l'on parcourt régulièrement les arêtes de la Crête de Coq, du Gratton (1928) ou de la pointe Stofer (1929). La première du Moine, la plus remarquable de cette période avant-guerre, sera réalisée durant l'été 1937 après trois tentatives par la cordée André Belin, André Vimal, avec pour une tentative la participation d'Aspert. André Vimal en a fait un récit détaillé dans la revue du CAF. Le style qui n'est pas sans rappeler Frison Roche est empreint de poésie un peu désuette, mais aussi d'un humour délicieux. Ces documents étant difficiles à trouver (merci à Jean-Pierre Mariotti et Mme Vimal), j'ai retranscrit ci-dessous le texte in-extenso. Remerciements à François Vercesi pour les photos de 1946.

 

l'aiguille du Moine, face sud-est
l'aiguille du Moine, face sud-est

La voie historique part du pied de l'arête sud (à droite) pour traverser la face dans son tiers supérieur. La sortie se fait en face nord-est. Quelques vieux pitons sont en place. L'équipement est à compléter avec friends et stoppers.

L1 : V délicat relais sur une bonne vire.

L2 (courte) : III puis IV.

L3 (courte) : traversée de la face sud-ouest III.

L4 (courte) : en colimaçon autour de l'aiguille terminale (face nord-ouest puis nord-est), le dièdre final est V-.

A noter que l'escalade à l'aiguille du Moine est interdite en été et en automne par le décret de la réserve de Chaudefour. Elle est tolérée l'hiver et au début du printemps lorsque les couloirs sont encore en neige et que les oiseaux n'ont pas commencé leur nidification. Compter 1h30 à 2h00 pour atteindre le pied de la face depuis le buron de Chaudefour.

En flânant sur les à-pic du Puy Ferrand, ou en escaladant le roc du Graton, j’avais, comme tous mes camarades, remarqué cette magnifique flèche de pierre baptisée le Moine, par comparaison sans doute avec le gendarme du Capucin dans la Vallée du Sancy, inviolé lui aussi. Du haut, j’avais contemplé les rares terrasses de la face nord, couvertes de mousse, en hiver quelques vires se dessinaient en blanc sous la neige, mais pouvait-on savoir ca qua cachait cette magicienne, tant est violente la force du vent, qui, sur les crêtes du Mont-Dore, la pousse et la plaque contre les roches. L’idée d’escalader le Moine figurait parmi ces projets impossibles que l’on caresse en songe.

II fallut l’occasion d’une promenade de printemps, pour que se dessine dans notre esprit autre chose qu’un désir lointain. J’accompagnais ce jour-la une petite dame, et désirais lui faire connaitre les beautés de la Vallée de Chaudefour. La partie débute par un temps de galop, pour échapper aux assiduités habituelles de la gardienne du pont*, qui vous propose ses légendes et son ticket de un franc. La raideur de la première crête venue suffit à mettre une distance respectable entre elle et notre caravane.

De minuscules fleurettes aux corolles du bleu le plus vif et du rose le plus séduisant, croissent clans éboulis terreux que laisse la couche de neige en fondant. Ces gentilles compagnes du montagnard chantent à leur manière l’hymne de la vie, et nous nous associons à leur chœur. Nous faisons, en passant, une visite 5 à croix commémorative de l’accident de notre camarade Michel, et avons la surprise de rencontrer la caravane du C. A. F. Exclamations, présentations, shake-hand, bourrades, se succèdent en vitesse et nous nous dirigeons sur le Graton. L’heure tardive ne nous permettant pas de faire le tour de la Vallée par le Ferrand et la plaine aux moutons, nous décidons la, descente par le couloir de neige entre le Graton et le Maine, mais nos efforts réunis n’arrivent pas à convaincre la petite dame. Force nous est d’adopter la solution brutale et de l’encorder. Un de nous marche en tête pour dérober la pente de sa vue effarouchée, tandis que l’autre la conduit à bout de corde. Les enfants glissent avec vitesse le long de cette rampe et la descente s’effectue tant bien que mal, suivant la qualité des chaussures de chacun. Nous déposons nos voyageurs sur la première plaque do gazon venue, et remontons la pente de neige pour nous offrir, cette fois, une bonne glissade sans réticence. C’est alors que nous apparut la formidable architecture de notre aiguille. Le soubassement est fait d’énormes dalles, lisses à souhait, et sans défaut, allant se perdre dans les pennes terriblement inclinées du couloir. En levant la tête, on ne voit que les plaques d’une raideur extrême que le regard quitte pour rencontrer une fissure garnissant l’angle d'un dièdre surplombant. Rien à tenter de ce coté. Montant à la brèche, nous examinons l'arête la plus courte. Il faudrait, pour s’élever, emprunter les aspérités constituées par de grandes plaques en partie décollées et surplombantes, et dont la solidité est plus qua douteuse, si l’on en juge par l’éboulis qui est an pied. Allons voir vers l'aval, on perd beaucoup en hauteur, car la pente est raide, mais une voie de départ, est nettement dessinée, et doit bien mener quelque part. Notre galanterie nous oblige à interrompre nos investigations et nous retournons à nos voyageurs. Arrivés dans la prairie, nos regards s’arrêtent longuement sur le Moine. C'est d’ici, qu’il ressemble vraiment à une flèche de cathédrale, d'une envolée magnifique. Le soleil a quitté la vallée. Seuls, passent encore quelques rayons, frisant les crêtes, clans la clarté desquels se silhouette, sombre et fier, l'objet de nos désirs. En quittant la glaciale vallée, nous sentions qu'un lien mystérieux venait de se tisser, qui nous ramènerait invinciblement dans ces parages.

Notre attente ne fut pas de longue durée. Quand notre ami André Belin, du C.A.F. d’Alger, vint passer ses vacances en Auvergne, il fut tout de suite question d’aller planter des pitons dans quelque paroi propice.

C’est le Moine qui eut l’honneur de notre visite. Le torrent sur la rive gauche duquel il s’élève est rapidement remonté et, arrivés dans l’éboulis, nous chaussons les espadrilles. Belin s’enlève à bout de corde, d’abord dans un dièdre, ensuite dans une cheminée aux rocs branlants. La corde de 25 mètres lui permet de gagner une petite terrasse garnie d’un genévrier. Là il s’assure et à mon tour. Pour le second, tout est facile. J’ai derrière moi la corde de 80 mètres que mon fils déroule et au bout de laquelle il attache le sac. Une fois réunis, nous nous dirigeons horizontalement sur une vire garnie de genévriers, dans lesquels, il faut poser les pieds. La sensation est désagréable, et l’on s’établit sur la première terrasse, presque assez vaste pour recevoir une tente. Nous examinons l’aiguille vers la droite. La progression n’est pas possible, les dalles s’inclinant d'une façon vertigineuse vers le grand couloir. Sur la gauche, le leader réussit à s'élever sur des roches inclinées en s’aidant de quelques touffes de genévrier et atteint une grande plaque détachée surmontée d’un roc branlant. Il s’élève debout sur ce roc et se trouve devant une paroi verticale. A sa gauche, la roche fuit sans un défaut dans une chute verticale impressionnante. La seule issue est devant lui, un mur avec une prise peu sure pour le pied gauche. II plante un piton et j’entends avec satisfaction le claquement du mousqueton. S’élevant du pied gauche, il peut atteindre une pierre de la main et réussir à s’établir du pied droit sur le piton. Une nouvelle terrasse s’offre sa vue, mais il faudrait, pour l'atteindre, faire un rétablissement sur un bloc qui parait scellé seulement par du gazon. Belin hésite longuement et ne se décide pas. J’avoue que la vue du roc branlant ne m‘incite pas à l’encourager, et nous décidons la retraite. Un solide piton est planté sur la terrasse et un gentil petit rappel nous ramène aux éboulis.

Admirable organisation de la volonté humaine. Le Moine nous a repoussés, mais ne nous a pas vaincus ; si le jour n’était pas aussi avancé, nous renouvellerions l’attaque aussitôt.

Le dimanche suivant, nous avons le plaisir de trouver, dans la vallée, la tente d’Aspert. Il conduit une cordée dans la Crête de Coq et nous rejoindra par le haut du couloir. En remontant le torrent, nous supputons nos chances. Nous reconnaissons la première terrasse et le roc branlant. Au-dessus de celui-ci, la deuxième terrasse est bien visible et encore une troisième au-dessus. Si l’on peut atteindre cette dernière, la partie est gagnée, la flèche terminale sera gravie coûte qua coûte, par un lancer de corde, s’il le faut. Malheureusement, des nuées trainent sur le Ferrand et menacent de se résoudre en pluie. Aussi, nous empressons-nous de nous équiper. La première terrasse est atteinte, le bloc branlant franchi, Belin s'élève sur son piton er prend pied sur la deuxième terrasse. A ce moment, de joyeux jodels percent le brouillard en même temps que leur auteur. C’est Aspert qui nous rejoint. Comme nous grelottons sur notre perchoir, il nous appelle les vêtements chauds de la Charmante Mado, dont nous louons hautement la charité et le désintéressement. Aspert nous précède sur le roc branlant, et, c’est tiré par deux bras vigoureux, que je franchis ce passage plus impressionnant que difficile. La deuxième terrasse me met en confiance, mais hélas, ce sera notre terme pour aujourd’hui. Belin va essayer vers la droite, dans le dièdre. Si on parvenait à le remonter, on gagnerait la fissure transversale, et ce serait le succès. Tenu à bout de corde, pendu des mains à une corde, il s’avance sur la dalle. Mais ses pieds ne rencontrent aucune prise. Tout fuit vers le couloir, et la face opposée est trop éloignée pour se mettre en opposition. Aucune fissure ne permet de planter un piton. Une voix prudente lui conseille la retraite. A gauche, on peut s’élever sur quelques rocs inclinés et l’on arrive vers la face verticale. Le leader plante un piton et pose un pied sur une étroite vire. Elle semble courir sur la face et conduire vers les terrasses moussues de la face Nord, mais elle est si étroite et le départ si malaisé qu’il passe ses galons à Aspert. Celui-ci va renifler à son tour le passage, le déclare possible, mais ne s engage pas. D’ailleurs le brouillard nous glace. Je  juge pas poli de forcer le  passage après la retraite de mes deux compagnons, et m’élance joyeusement dans le rappel  qui m’est offert. A la brèche nos partageons la maigre collation de nos camarades et reprenons la descente familière du torrent.  Nous sommes confiants dans l’avenir, nous avons tourné un feuillet de plus au beau livre d’aventures, er savourons notre joie. Le Moine se défend longuement, notre patience saura le vaincre.

Vint enfin le dernier dimanche des vacances d’André Belin, il fallait se hâter. Nous nous rendîmes ce jour-là dans la vallée pressentant la victoire prochaine, anxieux cependant de la résistance qu’allaient nous offrir les derniers retranchements de l’aiguille. Arrivé devant la vire, mon camarade assuré sur le premier piton auquel il s’appuie de la main droite, en plante un deuxième de la main gauche pour prendre pied sur la corniche et m’invite à laisser filer la corde doucement. Je regarde avec plaisir les boucles qui se déroulent ; au bout d’une quinzaine do mètres, un cri de joie m’apprend que l’affaire marche bien, Belin revient à l’autre bout de la vire et m’ordonne de le rejoindre. Le passage est très étroit, mais sûr pour le pied, et une quantité de petites prises haut placées pour les mains suffisent à maintenir l’équilibre. On arrive aux terrasses nord recouvertes d’un épais tapis de mousse. Sous les végétaux, git un amoncellement de pierres les plus instables. De là, on s'élève sur un énorme bloc incliné et traversé horizontalement d’une fente au travers de laquelle le regard plonge vers le torrent. Je m'installe le pied clans la fente, genoux appuyés à la paroi, plante un solide piton d’assurance et Belin s'élève dans le dièdre. Le premier pas est malaisé, mais le pied gauche posé en opposition sur la face du dièdre, le leader plante un piton qui lui permet de résister à l’inclinaison de la roche. Il s’agit maintenant de s'élever en utilisant la fissure. Elle est très étroite et malaisée. Mon camarade se voit dans l’obligation de planter encore deux pitons qui lui font gagner 50 centimètres, et redescend prendre souffle. II aperçoit alors une alvéole dam laquelle il plante encore un piton, gagne quelques centimètres, et touche des doigts une pierre coincée dans la fissure. Un anneau de corde adroitement jeté sur la pierre permet d'opérer une traction verticale, d’engager un genou et la pointe du pied clans la fissure. Le bras gauche tendu à l’extrême, les doigts arrivent à saisir le rebord de la terrasse supérieure, et clans une suprême traction, c’est le rétablissement. je n’ai plus qu’à suivre ; sans tarder, nous gravissons les derniers mètres de muraille facile, qui mènent au bloc terminal et constatons avec joie qu'aucune boite n’orne le sommet. Notre ascension est bien la première. Ensuite, nous redescendons sur la terrasse. En dégustant nos provisions, nous laissons notre regard errer sur les horizons lointains de la vallée de l’Allier et des Monts du Forez, puis revenant sur les précipices qui nous entourent, nous savourons la joie d’en sonder tous les replis. Mais des bruits de voix nous arrivant tout proches, levant la tête nous apercevons un groupe de personnes au sommet du Ferrand. Nous leur lançons le jodel des montagnards pour les associer à notre joie, nos cris restent sans écho. Ce sont des touristes funambulants, l'un d’eux est même affublé d'un parapluie! Que se tente-t-il une descente en parachute ? Mais les heures s’écoulent trop rapides ; n’ayant pas l’héroïsme de laisser intact notre conquête, nous construisons un cairn. Le rite accompli, la descente s’effectue en deux rappels sur des pitons. Au retour, un immense contentement emplissait nos poitrines, et c’est avec des regards pleins de douceur et de bonté que nous nous attardions à contempler dans les rayons dorés du couchant, l’aiguille du Moine, regrettant seulement, en ce jour de victoire, l’absence de notre camarade.

Mais Aspert ne devait pas tarder à prendre sa revanche. Dans le souci d‘assurer notre retraite, nous avions laissé les pitons de la vire et du dièdre. Pour laisser à la course toute sa valeur, il s'agissait de les enlever et d’effectuer une descente directe depuis le sommet. C'est ce que nous fîmes quelques jours après, Aspect et moi. J'eus cette fois, la joie de conduire la cordée, de m'aventurer premier sur le roc branlant, sur le rebord de la vire, dans le terrible surplomb du dièdre. Comme l’arrachage des pitons demande d’assez longs efforts, le crépuscule et les premières; étoiles nous surprirent au sommet, préparant la longue corde de 80 mètres. Nous avions juste assez de clarté pour en trouver le milieu, er c’est sous une voûte d'étoiles, que mon camarade s’élança clans l’abime. Au rythme régulier des ondes de la corde, je sentais que la descente s'effectuait bien, quand tout à coup, j’entends dans la nuit, s'élever des appels. Les brins libres de la corde se sont engagés dans les plaques détachées qui surmontent la brèche. Aspert tire, mais rien ne vient. La situation est angoissante. Je n’ai pas d’autre corde dans mon sac. Enfin, les fils se débrouillent, et la descente se termine. A mon tour, lassé d’avoir tant attendu, penché sur le noir, je m’élance, er d’une seule glissade, arrive au fond, au grand dam de mon pantalon et de son contenu. Descente à la bougie dans le torrent, recherche de la tente, chutes dans les framboisiers, telle fût la conclusion de cette belle fin de journée, ou plutôt début de nuit.

A. Vimal

 

* Vers les années 40, une mademoiselle Fournel, médecin retraité fit l’acquisition de pratiquement toute la vallée. Pendant les étés, accompagnée de sa sœur, vêtues d’habits noirs et armées de solides bâtons, elles réclamaient un droit de péage à toute personne désireuse de franchir « leur » pont !

François Vercesi (en haut) et René Méric (en bas)
François Vercesi (en haut) et René Méric (en bas)

La cordée François Vercesi et René Méric au Moine en 1946.

Ete 1937, une première dans Chaudefour, le Moine

Collection François Vercesi.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 09:06

La poussière la sueur et la poudre est, en face est du Capucin (le Mont-Dore), l'une des voie les plus abordable du site. Elle offre une superbe fissure, à l'esthétique yosémitique (bon d'accord sur quelques mètres seulement).

Avec le temps la mousse avait regagné le bas de la voie et l'herbe tendait à recoloniser la fissure.

Dommage, surtout que la ligne complète parfaitement Bilou maxou et qu'elle était certainement la "plus sale", des voies décrites dans le nouveau topo.

Avec l'ami Gérard nous avons donc ressorti piolets, truelles et brosses métalliques pour un lifting de printemps (plutôt décennal et hivernal vues les conditions). La voie a (presque) retrouvé son état originel et offre à la vue un superbe rocher gris clair... Une invitation à y poser des gestes...

Et comme d'aucun trouvait cela bien dur pour du 5c (5c fissure des année 80, et oui...), voire un tantinet engagé, magnanime j'ai rajouté un point début juillet 2015.

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La vie des voies du massif du Sancy

Chambon :

Ouverture de Ma Bohême 7a+ (juin 2016 - G.M.)

Ouverture du secteur Déva : Jai 5 c, Guru 5c, Deva 6a, Om 6b (avril 2016 - G.M.)

Erratum page 62/63 du topo "Escalades dans le Massif du Sancy". La Pierre de William, ceux qui ont essayé se sont rendu compte qu'il fallait lire 6c au lieu de 6a.

Capucin :

Face est, ouverture du Père éternel (le Graal), 8 a/b ? à confirmer (août 2017- Olivier Monneron, Zsolt Ostian et G.M.)

El Cap, Fingers in the Nose, The naze, rééquipement complet sur scellements (août 2017 - G.M.)

La poussière la sueur et la poudre : nettoyage et rééquipement partiel (mai 2015, juillet 2015 - M.C. - G.M.)

L'heure au moine : nettoyage et rééquipement partiel (juin 2015 - G.M.)

El Cap (L1) : nettoyage (juin 2015 - GM)

El Cap (L2) : Rééquipement de la sortie historique de la voie, plus directe, plus logique et légèrement plus facile que la sortie de droite rééquipée par François Lesca en 2004 (juillet 2015 - G.M.)

Gag Man : Réequipement partiel (juillet 2015 - G.M.). Nombreux sont ceux qui se sont fait de belles ou moin belles frayeurs sur la voie la plus facile de l'Aiguillette. Un 5b, bien tassé et reconnaissons le, engagé. Pour fêter le 14 juillet Gérard, l'a partiellement rééquipée (un point déplacé et un point en plus).

Essai de traitement thermique des mousses et lichens sur les départs de Caprice des Vieux, C'est quand qu'on va où ?, Merci Hans (juin 2015 - GM)

Dent de la Rancune :

Face nord, Rêve de Singe : rééquipement complet sur scellements (Octobre 2016, mai et juin 2017, G.M., M.C.)

Face nord, Manpower : l'ami Jean-Pierre Mariotti a rééquipé sur scellements la deuxième longueur (juillet 2015). Avis aux amateurs (7c !).

Roche Tuilière :

Réquipement en cours (CDFFME63). Au 16/07/15 : après une purge conséquente (euphémisme) des secteurs Initiation et Diagonale, rééquipemment partiel des voies Gros codile, Lézard triste, Wally Gator, Normale, T. Rex, Ludothèque, Décrisptation et Diagodalle, avec le plus souvent un point supplémentaire au départ.

Rééquipement de la Droite de gauche à l'identique (ce qui est bien) avec un point supplémentaire au départ.

 

Articles Récents

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    Bon je vous l'accorde le jeu de mot du titre est un tantinet facile, mais bon... Pour terminer l'été en beauté l'insatiable Gégé a entièrement rééquipé en scellements : El Cap Fingers in the Nose The naze Last but not least, avec le fils prodige et Zsolt...
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    Samedi 17/06/2017, avec Gérard nous remontons pour la quatrième fois le chemin en direction de la face nord de la Dent avec pour objectif d'en finir avec le rééquipement de Rêve de Singe. Au fil des visites la voie nous apparait vraiment comme l'une des...
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    Dimanche 21 mai 2017 de retour à Rêve de Singe avec Gérard, pour avancer dans le chantier de rééquipement commencé à l'automne dernier. De nouveau le portage fastidieux des dizaines de kilos de matériel jusqu'au sommet. Au final après une journée harassante...
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